Julie et Eléonore : un contraceptif pour les hommes

Julie Simon et Éléonore Abadie, étudiantes ingénieures à l'IMT Atlantique à Brest, ont remporté le grand Prix Pépite France 2023 avec le projet Cobalt Contraception. Rencontre.
Cobalt Contraception

Pourquoi y a-t-il tant de dispositifs de contraception pour les femmes et rien pour les hommes en dehors du préservatif ou de la vasectomie ? C’est cette question qui a poussé Julie Simon et Éléonore Abadie, toutes deux étudiantes à l’IMT Atlantique, à entamer des recherches et à développer une nouvelle solution : un boxer de contraception masculine réversible fonctionnant par méthode thermique, monitoré par application.

Les jeunes ingénieures âgées de 22 et 24 ans se rencontrent il y a 3 ans sur le campus de Brest et deviennent vite amies : « On a les mêmes valeurs, le même engagement, la même envie de faire bouger les choses… »  C’est en cours de pré-incubation pour la création d’entreprise que leur vient l’idée d’investiguer dans le domaine de la contraception pour les hommes.

Elles découvrent les recherches du docteur Roger Mieusset sur la contraception thermique et là, c’est la révélation. « On a trouvé ça super ! Ce médecin a développé un slip chauffant mais il n’a jamais réussi à le commercialiser. » Si le dispositif existait, il n’a jamais été certifié et n’a jamais pu être prescrit par les médecins. Il n’y a, à l’heure actuelle, aucune solution de ce type sur le marché.

"La contraception masculine était vue comme une atteinte à la virilité"

« Lorsque le docteur Mieusset a mis au point le slip, la société n’était pas prête : la contraception masculine était vue comme une atteinte à la virilité ; perdre sa fertilité c’était un peu perdre sa virilité. Puis, avec l’arrivée de la pilule contraceptive pour les femmes, les recherches sur la contraception masculine ont été complétement évincées. Enfin, pendant les années Sida, c’est le préservatif qui s’est imposé. »

Eléonore Abadie et Julie Simon sur la scène du prix Pépite 2023 à Rennes © Frédéric Obé/Université de Rennes

 

Les années 2020 verront-elles enfin l’arrivée de ce nouveau moyen de contraception ? Julie et Eléonore sont confiantes : « On l’espère ! Les choses changent aujourd’hui, petit à petit. »

Les entrepreneures ont mis au point une version boxer « plus confortable et mieux adaptée à l’esthétisme d’aujourd’hui ». Elles visent la certification médicale pour obtenir l’aval des médecins prescripteurs. Leur premier prototype et leur cahier des charges sont sortis du fablab de leur école. Elles doivent maintenant travailler avec un bureau d’étude pour le faire de manière professionnelle et pouvoir commencer les démarches réglementaires et les essais cliniques. « On s’est rapprochées du CHU de Toulouse qui est très enthousiaste pour récupérer le projet et collaborer avec nousÀ Brest nous sommes en contact avec le W.INN (centre d’innovation créé par le CHRU), qui serait un centre partenaire. »

"Ce sujet nous porte (...) on ne serait pas allée vers l'entrepreneuriat autrement."

La mise sur le marché est prévue dans 5 ans. Julie et Eléonore savent que le parcours sera long mais elles comptent bien aller jusqu’au bout : « On est dans un projet medtech et on se rend compte que l’innovation en santé est très compliquée, que les financements sont difficiles à obtenir, etc. mais ce sujet nous porte, on y trouve du sens et il nous permet de faire coexister notre métier d’ingénieure avec nos convictions. On ne serait pas allée vers l’entrepreneuriat autrement. On croit vraiment à cette solution. Si personne ne s’en empare, il faut qu’on le fasse ! On veut essayer, au moins on aura fait notre possible pour faire avancer les choses. »

www.cobalt-contraception.com